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La votation sur le F-35 torpillée par la signature du contrat

La voie semble libre pour les jets américains, au grand dam des partisans de l’initiative s’opposant à leur achat 

La signature par la Confédération du contrat d’acquisition des 36 jets du constructeur Lockheed Martin a été annoncée lundi. © Keystone
La signature par la Confédération du contrat d’acquisition des 36 jets du constructeur Lockheed Martin a été annoncée lundi. © Keystone

Thierry Jacolet

Publié le 20.09.2022

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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Avions de combat » «Une votation sur l’achat des F-35 ne fait plus sens. Elle ne servirait qu’à justifier les actions trompeuses et antidémocratiques du Conseil fédéral. Nous n’avons plus de marge de manœuvre et préférons nous retirer.» Pauline Schneider et le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), dont elle est la porte-parole, ont fait une croix sur l’initiative contre l’achat de l’avion de combat américain. Ils avaient pourtant réussi à la faire aboutir en août. Un texte court-circuité par l’annonce lundi de la signature par la Confédération du contrat d’acquisition des 36 jets du constructeur Lockheed Martin.

La Confédération a mis les bouchées doubles pour régler l’affaire, prenant de vitesse la Coalition contre le F-35 qui réunit le GSsA, le PS et les Verts. «Nous sommes étonnés de la rapidité avec laquelle le Conseil fédéral a décidé de signer», reconnaît le conseiller national Pierre-Alain Fridez (ps, JU), du comité d’initiative. «Ça a été fait à la hussarde. Circulez, il n’y a plus rien à voir!»

«Passage en force»

La coalition est d’autant plus frustrée qu’elle estime avoir fait les choses dans les règles de l’art: l’initiative lancée en septembre 2021 a obtenu en août déjà les 100’000 signatures – malgré la guerre en Ukraine et la pandémie – dans la perspective d’un vote le 31 mars 2023. «Cette date butoir était tenable», assure Pauline Schneider. «Nous avons créé un calendrier autour d’elle, que l’on a respecté pour avoir une votation avant l’échéance pour la signature des contrats. Au contraire de la ministre de la Défense, Viola Amherd, qui a préféré le passage en force plutôt que le respect du prochain vote.»

«Viola Amherd a préféré le passage en force plutôt que le respect du prochain vote»
Pauline Schneider

Même le parlement a accéléré le rythme: il a validé la semaine passée l’acquisition des avions, alors que le feu vert était attendu lors des sessions de septembre et décembre. Sans parler des manquements dans ce dossier de Viola Amherd et du Conseil fédéral, récemment pointés du doigt par la commission de gestion du National.

La Coalition contre le F-35 voit dans ces procédés un déni de démocratie. «L’élément qui pose problème est le non-respect du processus démocratique: après la signature du texte par plus de 100’000 personnes, on ne peut pas ôter le droit au peuple de se prononcer», soupire Pierre-Alain Fridez. Contournement des droits populaires? Le DDPS n’a pas souhaité répondre aux questions de La Liberté, renvoyant à son message en août: «Même en resserrant les procédures habituelles de l’Administration fédérale, il est impossible de tenir le calendrier exigé (par les initiants, ndlr).»

Calendrier trop serré

La conseillère fédérale estimait cette feuille de route trop serrée pour pouvoir préparer une votation populaire et traiter l’objet avec le soin nécessaire avant de signer le contrat d’achat. «Viola Amherd a pourtant déclaré la semaine passée que la Suisse pourrait discuter avec les Etats-Unis pour repousser la signature du contrat à plus tard, après la votation populaire», s’étonne Pauline Schneider.

Pour le DDPS, cette précipitation est légitime, compte tenu des risques de retard dans l’acquisition des F-35 sur fond de guerre en Ukraine. «S’il y avait une urgence d’acquisition, il fallait acheter plutôt un avion européen pour être livré plus rapidement», réplique Pierre-Alain Fridez. «Le F-35 ne sera pas prêt avant 2027. La Confédération jette de l’argent par la fenêtre, alors qu’il y a un réel besoin dans les domaines du social et de la santé.»

«Vigilance active»

Malgré le sabordage de l’initiative, le conseiller national jurassien va continuer de dénoncer les dépenses pour la flotte de F-35. «Nous allons faire preuve de vigilance active à l’avenir pour montrer toutes les incohérences de cette acquisition et l’aberration de ces crédits militaires de 8 à 9 milliards de francs à terme», avise-t-il. 

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