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Berne dégaine 42 milliards

Les conseillers fédéraux UDC Ueli Maurer et Guy Parmelin ne veulent pas abandonner l’économie à son sort. © Keystone
Les conseillers fédéraux UDC Ueli Maurer et Guy Parmelin ne veulent pas abandonner l’économie à son sort. © Keystone
Berne dégaine 42 milliards
Berne dégaine 42 milliards
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21.03.2020

La Confédération détaille son éventail d’aides pour les corps de métier et les entreprises touchées par la pandémie: recours au chômage, prêts cautionnés, reports d’échéances. Cependant, pas sûr que cela suffise

Yves Genier

 

Nos journalistes sont mobilisés pour vous offrir une couverture de qualité et de service public sur l’épidémie de coronavirus. En raison de la situation sanitaire particulière et du fort intérêt pour cette thématique, «La Liberté» a décidé de vous offrir l’accès à cet article. Bonne lecture et merci de votre confiance.

Crise économique » Lorsque le Conseil fédéral a annoncé, vendredi 13 mars, son premier programme d’aide à l’économie confrontée à la pandémie de coronavirus, il est vite apparu que cette somme serait insuffisante. Tirant les leçons des conséquences de la fermeture de pans toujours plus larges de l’économie, le gouvernement sort une artillerie financière plus importante. Un paquet d’aides totalisant quelque 42 milliards de francs: les dix milliards initiaux auxquels s’ajoutent 32 milliards supplémentaires.

Ces montants, sept fois plus élevés que le fonds du sauvetage fédéral d’UBS en 2008, doivent servir pour près de la moitié à garantir des rallonges de crédit, des reports d’échéance et des prêts d’urgence destinés à des entreprises et des indépendants dont les activités ont été ralenties ou mises totalement à l’arrêt. «L’activité économique fonctionne à 80% de sa capacité en raison de la pandémie», a indiqué le conseiller fédéral Ueli Maurer, chef du Département fédéral des finances, à l’occasion de la conférence de presse tenue hier après-midi pour annoncer un nouveau paquet de mesures. «Nous travaillons sur les moyens de lui permettre de rester à ce niveau», a-t-il poursuivi. L'Union syndicale suisse, l’Association suisse des banquiers et Economiesuisse ont tous salué le plan annoncé.

La Confédération dispose des moyens financiers nécessaires, a insisté Ueli Maurer. Et de rappeler que cette marge de manœuvre résulte «de l’excellente santé de nos finances, grâce notamment au frein à l’endettement». Ainsi qu’à «la solidité de la place financière, renforcée par l’ensemble des mesures prises depuis la crise financière, qui ont renforcé les fonds propres des banques».

Ces 42 milliards vont-ils suffire à franchir cette période de crise? «Ce n’est absolument pas certain: nous ne sommes vraiment pas au bout de cette crise», juge Cédric Tille, professeur d’économie à l’Institut des hautes études internationales et du développement (HEID) à Genève. Mercredi, deux économistes de renom, Hans Gersbach et Jan-Egbert Sturm, professeurs à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, chiffraient à 100 milliards de francs les besoins financiers pour surmonter la crise. En Allemagne, à la population dix fois plus importante que la Suisse, le gouvernement prépare un plan d’aide de 550 milliards d’euros.

Il est très difficile d’estimer les coûts effectifs de cette crise, a admis le gouvernement, en raison des inconnues que sont l’amplitude et la durée de la pandémie. L’USS rappelle, pour sa part, que des lacunes subsistent dans le filet annoncé, lacunes que le conseiller fédéral Guy Parmelin, chef du Département de l’économie, a bien reconnues tout en promettant d’y remédier.


Les dix questions que tout le monde se pose

Pas de panique! Même si la situation est sérieuse, suivre les recommandations des autorités et du corps médical permet de fortement diminuer les risques de contamination.

1 Qui doit rester à la maison?

Dans la mesure du possible, tout le monde! Exceptions: pour aller au travail s’il est impossible d’accomplir ses obligations professionnelles à domicile, pour se rendre chez le médecin ou à la pharmacie, pour faire ses courses ou aider quelqu’un. Mieux cette règle sera respectée, plus vite l’épidémie passera et les restrictions seront levées.

2 Quels bons gestes à domicile?

Un réflexe à avoir lorsque vous arrivez à la maison: vous laver les mains. Même chose avant les repas et après être passé aux toilettes. Savonner consciencieusement ses mains, y compris entre les doigts et au bout de ceux-ci, puis bien rincer. Eternuer et tousser dans son coude ou dans un mouchoir. Ce dernier doit être jeté après utilisation et il faut ensuite se laver les mains.

3 Peut-on sortir de chez soi?

Oui, mais de préférence seul ou dans un groupe n’excédant pas cinq personnes. Le Conseil fédéral a établi formellement cette limite hier et tout contrevenant s’expose à une amende de 100 francs (lire ci-dessus).

4 Peut-on inviter des amis?

Même si les repas entre amis ne sont pas formellement interdits, ils sont fortement déconseillés. «Chacun doit réduire au minimum ses contacts sociaux», recommande l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Il faut également éviter que plus de cinq enfants se retrouvent au même endroit et, plus difficile, renoncer à toute fête privée, y compris aux anniversaires. Dans tous les cas, il est indispensable de garder ses distances.

5 Quelles règles lors des courses?

Conseil principal: ne pas se toucher le visage en faisant des courses. Cela diminue fortement le risque d’infection. Si possible, se désinfecter les mains avant d’entrer au magasin et en sortant. Ne pas s’approcher des collaborateurs et des autres clients à moins de deux mètres.

6 Les aliments peuvent-ils être contaminés?

«A l’heure actuelle, aucun cas de transmission du nouveau coronavirus à l’être humain via des denrées alimentaires n’est connu», répond l’OFSP. Par sécurité, il conseille de laver les aliments consommés (fruits, légumes) ou, le cas échéant, de bien les chauffer.

7 Le virus survit-il sur des surfaces inertes?

«C’est un virus relativement fragile», explique Manuel Schibler, infectiologue et virologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). En clair: il n’est en principe viable que quelques heures sur des surfaces inertes comme les poignées de porte ou les barres métalliques. Mais tout dépend notamment de la température et de l’humidité. Petit conseil: pensez à désinfecter votre natel si vous l’utilisez en dehors de chez vous.

8 Que faire en cas de symptômes?

Les symptômes: toux sèche irritante, insuffisance respiratoire, fièvre et douleurs musculaires. «Lorsqu’un de ces symptômes apparaît, vous devez rester au moins dix jours à la maison en respectant les consignes sur l’auto-isolement. Durant cette période, évitez tout contact avec d’autres personnes», insiste l’OFSP. En règle générale, la maladie se déroule sans problème majeur. Les personnes de plus de 65 ans et celles souffrant déjà d’une affection sont davantage vulnérables aux complications éventuelles. Pour en savoir plus: https://coronavirus.unisante.ch

9 En cas d’aggravation de son état?

En cas d’aggravation des symptômes, prendre contact par téléphone avec son médecin traitant. Le praticien évaluera alors quels soins éventuels sont nécessaires. L’OFSP a mis en place une hot line coronavirus, joignable 24 heures sur 24: 058 463 00 00.

10 Comment pratiquer l’auto-isolement?

En cas de symptômes et pour protéger les personnes vivant sous un même toit, il est vivement conseillé de s’isoler et de limiter au minimum les contacts avec les autres membres du foyer. Les règles d’hygiène – bien se laver les mains, éternuer et tousser dans un mouchoir et le jeter – s’appliquent toujours.

Une fois les symptômes disparus, attendre 24 heures afin de mettre fin à l’auto-isolement. Si le médecin a jugé nécessaire de faire un test et que celui-ci est positif, la quarantaine ne prend fin que 48 heures après la disparition des symptômes.

Sevan Pearson


Pas de confinement total

Le Conseil fédéral prohibe les rassemblements de plus de cinq personnes.

Une question était dans l’air avant la séance d’hier du Conseil fédéral: le confinement général allait-il être imposé pour lutter contre l’épidémie, comme en France par exemple? La réponse apportée par le gouvernement est «non». «Nous ne faisons pas de politique spectacle. Ce ne sont pas les 20 secondes de l’annonce du confinement qui comptent, mais bien que la population change son comportement», explique Alain Berset, ministre de la Santé.

Le Conseil fédéral n’en a pas moins franchi un pas supplémentaire dans la restriction des libertés individuelles. Il interdit les rassemblements de plus de cinq personnes dans l’espace public. Cela s’applique notamment aux places publiques, aux promenades et aux parcs. Et gare aux contrevenants: la police pourra infliger une amende de 100 francs par personne.

«Nous avons discuté du confinement général au sein du Conseil fédéral et sommes arrivés à la conclusion que nous n’en avions pas besoin, car nous sommes au même point que les pays voisins avec nos propres mesures», poursuit Alain Berset. En France et en Italie par exemple, il demeure possible de sortir de chez soi pour aller travailler (si le télétravail n’est pas possible) ou pour faire ses achats.

Le Conseil fédéral lance en outre un appel aux personnes de plus de 65 ans, une catégorie à risque. «Il faut vous protéger et rester le plus possible chez vous», martèle Alain Berset. A ce sujet, le conseiller fédéral fribourgeois ajoute «que nous allons clarifier les prochains jours si le canton d’Uri peut maintenir son régime». Le canton de Suisse centrale a en effet interdit aux personnes de plus de 65 ans de sortir de chez eux, à de rares exceptions près.

De manière générale, les recommandations de la Confédération restent les mêmes: observer une distance de deux mètres entre chacun, se laver soigneusement et régulièrement les mains, ne plus se serrer la main ou encore tousser dans le creux du coude (lire ci-dessous). «Ce n’est plus le moment de tergiverser, mais d’agir ensemble. Nous avons le dos au mur, c’est le moment de montrer ce que nous pouvons faire, insiste Alain Berset. Les jeunes pensent parfois que cela ne les concerne pas. Au contraire: cela nous concerne tous.» Moins affectés par la maladie du coronavirus, les jeunes peuvent cependant la transmettre comme tout le monde.

Côté économie, le Conseil fédéral ne veut pas stopper les chantiers. Mais il avertit les entreprises de la construction et l’industrie. Elles devront veiller à tenir la distance de deux mètres entre chaque employé. Sinon, les cantons pourront les fermer. C’est ce qu’ont fait Genève et Vaud. Pourront-ils maintenir leur décision? «Seule la décision du Conseil fédéral compte», répond Alain Berset.

Enfin, le gouvernement autorise La Poste à distribuer sept jours sur sept les commandes en ligne, la nourriture par exemple. Il met aussi un contingent de la protection civile à disposition des cantons jusqu’à la fin juin 2020.

Philippe Boeglin


Faits du jour

Suisse » Suisse A la mi-journée hier, l’Office fédéral de la santé publique totalisait 4840 cas positifs. C’est environ 1000 de plus que la veille. Le chiffre des décès s’établissait à 43.

Tessin » Le Tessin a enregistré sept nouveaux décès dus au coronavirus en 24 heures, portant à 22 le nombre de morts au Tessin pour 834 personnes testées positives au Covid-19.

Amendes » Un gérant de bar-restaurant du Valais central a été condamné à une peine pécuniaire avec sursis et à 2000 francs d’amende. Le 17 mars, la police a constaté que vingt personnes consommaient sur la terrasse d’un bar-restaurant. Elles ont quitté les lieux dès l’arrivée de la police.

Arrestation » La police zurichoise a arrêté un homme de 18 ans qui revendait en ligne des masques de protection à des prix largement surévalués. Il réclamait 200 francs par lot de cinq masques, soit 40 francs la pièce, alors que leur valeur est estimée à 50 centimes la pièce. Les policiers ont découvert chez lui des dizaines de masques qu’il voulait revendre.

Cultures » «Les semences sont des produits de première nécessité», estime le député vert neuchâtelois Laurent Debrot. Ce dernier a écrit hier une lettre ouverte au Conseil d’Etat pour lui enjoindre de laisser ouverts les magasins qui vendent des semences, plantes ou plantons.

Apprentis » Les apprentis doivent pouvoir terminer leur formation jusqu’à la fin de l’été malgré la crise du coronavirus. Les examens de fin d’apprentissage sont donc maintenus.

Bravo » En signe de solidarité, de nombreux Suisses sont sortis sur leurs balcons hier à la mi-journée pour applaudir le personnel soignant engagé dans la lutte contre le virus. ATS


L’aide fédérale en quatre points

Cautionnement de crédits Les entreprises, y compris celles qui n’emploient qu’une seule personne, pourront contracter des prêts garantis à 100% par la Confédération jusqu’à 500 000 francs et versés immédiatement, garantie qui s’abaisse à 85% pour les montants plus élevés. Le taux d’intérêt devrait être «minime», selon Ueli Maurer, mais ce dernier point doit encore être affiné. La mesure doit être applicable dès jeudi prochain et coûtera 20 milliards.

Couverture sociale étendue Le chômage partiel est étendu aux temporaires, aux apprentis et aux indépendants qui se versent un salaire, ainsi qu’à leurs conjoints ou partenaires enregistrés s’ils travaillent dans la même entreprise. Les délais de carence sont supprimés. Les indépendants pourront toucher des prestations assimilables aux allocations de perte de gain (APG) jusqu’à 196 fr. par jour. Les parents qui doivent s’arrêter de travailler pour garder leurs enfants jouissent aussi des indemnités de chômage.

Culture, sport et tourisme Berne débloque 280 millions pour aider pendant deux mois les artistes et les entreprises culturelles, et 100 millions aux organisations sportives, la moitié sous forme de prêts remboursables et 50 autres millions comme subventions. Les hôtels, enfin, jouiront de l’effacement d’une créance de 5,5 millions de francs de la Confédération auprès de la Société suisse du crédit hôtelier.

Reports d’échéances Les paiements aux assurances sociales et aux impôts directs – l’impôt fédéral direct (IFD) notamment – et indirects (TVA notamment) sont reportés sans intérêt jusqu’à la fin de l’année. De même, les poursuites sont suspendues entre le 19 mars et le 4 avril inclus.

En revanche, aucune décision n’a encore été prise concernant le paiement des loyers. A ce sujet, le Conseil fédéral conseille aux locataires et aux bailleurs de «trouver des solutions dans un esprit de compromis». YG

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