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Roger Federer: «Le tennis a été très généreux à mon égard»

Federer avait signé l'un des plus beaux comebacks de l'histoire en triomphant à Mebourne en 2017 © KEYSTONE/EPA AAP/JULIAN SMITH
Federer avait signé l'un des plus beaux comebacks de l'histoire en triomphant à Mebourne en 2017 © KEYSTONE/EPA AAP/JULIAN SMITH
Federer et Nadal après la finale de Wimbledon 2008 © KEYSTONE/AP POOL, REUTERS/ALESSIA PIERDOMENICO
Federer et Nadal après la finale de Wimbledon 2008 © KEYSTONE/AP POOL, REUTERS/ALESSIA PIERDOMENICO
Roger Federer désormais face à cette évidence: les plus beaux champions ne sont pas éternels. © Keystone
Roger Federer désormais face à cette évidence: les plus beaux champions ne sont pas éternels. © Keystone

ATS

Publié le 15.09.2022

Temps de lecture estimé : 8 minutes

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Tennis » Roger Federer met un terme à sa carrière à 41 ans. Sur son compte Instagram, le Bâlois précise qu'il va encore disputer la Laver Cup à Londres la semaine prochaine avant de prendre congé de son sport.

Cette fois c'est la fin! Il n'y aura pas d'adieux déchirants chez lui à Bâle où il a gagné dix fois ou une dernière danse dans son jardin de Wimbledon comme il en rêvait. A 41 ans, Roger Federer a annoncé son retrait de la compétition.

Il sera effectif la semaine prochaine à l'issue de la Laver Cup à Londres, la compétition qu'il a créée en 2017 avec son agent Tony Godsick. «La Laver Cup sera la dernière épreuve à laquelle je participerai, écrit Roger Federer sur les réseaux sociaux. Je rejouerai bien sûr toujours au tennis, mais pas dans des tournois du Grand Chelem ou sur le Circuit de l'ATP Tour.»

Eloigné des courts depuis sa défaite l'an dernier en quart de finale de Wimbledon face au Polonais Hubert Hukracz, Roger Federer a caressé depuis des mois l'espoir d'un nouveau comeback après ses opérations au genou. «J'ai travaillé dur pour retrouver la forme, poursuit-il. Mais je suis conscient que mon corps a ses limites et le message qu'il m'a envoyé récemment a été clair. J'ai 41 ans. J'ai joué plus de 1500 matches sur une période de 24 ans. Le tennis a été très généreux à mon égard, au-delà de toutes mes espérances. Je dois reconnaître aujourd'hui que le temps est venu de mettre un terme à ma carrière.»

Des craintes fondées

Cet été, Roger Federer témoignait encore d'un certain optimisme. L'idée qui le guidait était de reprendre le chemin des courts à l'occasion de la Laver Cup avant de s'aligner aux Swiss Indoors de Bâle pour «lancer» en quelque sorte son année 2023. Mais le Bâlois a vu son plan contrarié par une rechute avec un épanchement d'eau dans son genou.

Les craintes qui avaient vu le jour ces derniers temps face aux difficultés auxquelles il était à nouveau confronté étaient fondées. Et l'orgueil de l'immense champion qu'il est lui interdit de revenir sur les courts s'il n'est pas en mesure de défendre vraiment ses chances.

Roger Federer laisse bien sûr une immense trace dans l'histoire du tennis. Il est considéré par de nombreux observateurs comme le plus grand joueur de tous les temps même si le palmarès de Rafael Nadal est plus riche. Celui de Roger Federer s'orne de 20 titres du Grand Chelem, de 103 tournois remportés, d'une victoire en Coupe Davis et d'une médaille d'or en double aux Jeux de Pékin en 2008.

Sur une autre planète

Victorieux de 1251 matches, Roger Federer fut no 1 mondial pendant 310 semaines, dont 237 consécutives entre 2004 et 2008. Il ne faut pas oublier que durant ces quatre années, le Bâlois évoluait pratiquement sur une autre planète. Rafal Nadal fut le seul en mesure de rivaliser avec lui, sur terre battue uniquement.

Le Bâlois devait ainsi cueillir cinq titres à la suite tant sur le gazon de Wimbledon que sur le revêtement en dur de Flushing Meadows. A Melbourne, il a gagné en 2004, en 2006 et en 2007. Seul un péché de gourmandise sur une balle de match face à Marat Safin en 2005 et une mononucléose en 2008 ne lui ont pas permis de réussir la passe de cinq en Australie aussi.

Son magnifique retour au sommet en 2017 après une première opération au genou gauche a sans doute fait encore plus pour sa légende. A 35 ans alors qu'il n'était plus que 17e au classement ATP, il enlevait le titre à Melbourne à la faveur de quatre succès face à des joueurs du top ten, Tomas Berdych, Kei Nishikori, Stan Wawrinka et Rafael Nadal. Le dernier joueur à signer un tel exploit avait été Mats Wilander en 1982 à Roland-Garros.

Engouement unique

Avec ce succès à Melbourne en 2017 pour son 18e titre du Grand Chelem, Roger Federer a acquis une nouvelle dimension. Chacune de ses apparitions devait alors susciter un engouement unique. Le meilleur exemple est bien la Laver Cup, cette exhibition - une de plus croyait-on - qui se déroule depuis 2017 à guichets fermés malgré une politique de prix très sélective. Le public était prêt à tous les sacrifices pour applaudir aux derniers récitals du maître.

L'ultime aura lieu à Londres dans la ville où il avait, il y a vingt-et-un ans, marqué une première fois les esprits à la faveur de son succès en huitième de finale à Wimbledon face à Pete Sampras pour un passage de témoin que l'on n'avait jamais imaginé, au soir de ce 2 juillet 2001, aussi éclatant.

 

L'art du service payant

De ses débuts en pro en 1998 à l'annonce de sa retraite jeudi, Roger Federer a mis à profit sa présence au sommet du tennis mondial pour multiplier les sources de revenus. Il a aussi su parfaire son image haut de gamme.

Pour Lionel Maltese, économiste spécialiste du tennis, la naissance de la fructueuse «marque Federer» remonte au début du partenariat, à vie, qu'il a noué avec la célèbre marque de montres Rolex, en 2001. «Rolex axe ouvertement son travail sur des principes comme l'élégance, l'authenticité, l'excellence... Federer n'a pas eu à forcer sa manière d'être, il était parfaitement aligné avec ces principes», explique-t-il.

Avec un premier titre du Grand Chelem remporté en 2003 à Wimbledon grâce à un style de jeu offensif et racé, le Suisse attire rapidement des sponsors haut de gamme, en cohérence avec l'image qu'il renvoie sur le court. Wilson, Mercedes-Benz, Moet & Chandon... Les firmes réputées investissent dans le nouveau phénomène du tennis mondial, qui commence à asseoir sa domination sur le circuit ATP, avec pas moins de 15 titres du Grand Chelem entre 2003 et 2010.

«Garanties»

Federer ouvre également la voie aux «garanties» promises par les organisateurs de tournois aux stars du tennis, comme à celui de Marseille, dont Lionel Maltese était le manager délégué. «En 1999, on a mis cinq ans de garantie sur Roger Federer, pour environ un million d'euros», se souvient-il. «Il signait ce genre de contrats, c'est lui qui a déclenché le marché de la garantie, qui faisait que les tournois voulaient l'avoir. Un peu comme Michael Jordan, c'était la personne qu'il fallait voir.»

Et un peu comme la star du basket américain, son image, intemporelle, traverse les années sans se dégrader: selon le magazine économique Forbes, sur l'année 2019, 93% de ses revenus, estimés à 86 millions de dollars, proviennent de ses sponsors, alors même que l'ancien no 1 mondial se fait de plus en plus rare sur les courts, la faute à un genou en mauvais état.

Philantrophe

Le natif de Bâle, polyglotte, endosse parfois le rôle de VRP de luxe pour ses sponsors, mais aussi pour sa fondation qui finance des projets éducatifs pour les enfants en Afrique australe et en Suisse. En témoignent le match d'exhibition disputé face à Rafael Nadal devant plus de 50'000 personnes au Cap en 2020, ou une vente aux enchères de ses vêtements et équipements l'année suivante ayant rapporté près de quatre millions d'euros, au bénéfice de la fondation Roger Federer.

«Agassi avait monté une fondation avec Steffi Graff pour son image, alors que pour Federer, c'est vraiment lié à sa mère»
Lionel Maltese

Selon Lionel Maltese, «Agassi avait monté une fondation avec Steffi Graff pour son image, alors que pour Federer, c'est vraiment lié à sa mère», née en Afrique du Sud, où la philanthropie est ancrée. Pour le spécialiste de l'économie du tennis, l'après-carrière qui débute ne sera pas un problème pour la «marque Federer»: «Je compare souvent Roger Federer à une destination de rêve. L'attrait est naturel, il n'y a même plus besoin de faire du marketing. Sa marque fonctionnera.»

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