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«J’ai besoin de ressentir l’adrénaline»

Lucien Favre entend reprendre le fil d’une carrière qui reste comme la plus belle d’un entraîneur suisse

L’ère de Lucien Favre à Dortmund s’est terminée en décembre 2020. © Keystone-archives
L’ère de Lucien Favre à Dortmund s’est terminée en décembre 2020. © Keystone-archives

Sven Schoch

Publié le 24.01.2022

Temps de lecture estimé : 6 minutes

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Football » Après la fin de son aventure à Dortmund en décembre 2020, Lucien Favre a éprouvé le besoin impérieux de recharger ses batteries. Aujourd’hui, à 64 ans, la passion que le Vaudois nourrit envers le football reste entière. «Je vais très bien», assure le technicien depuis son repaire de Saint-Barthélemy. L’homme a besoin de bouger, de faire du sport quotidiennement. Le coach qui compte plus de 300 rencontres de Bundesliga vécues sur la ligne de touche est prêt à reprendre du service dans un grand championnat.

Quels sont vos souhaits pour la nouvelle année?

Lucien Favre: Revenir à la normalité. J’aimerais que l’on puisse tourner la page de cette pandémie. Le football vit des heures difficiles. Les joueurs et les entraîneurs souffrent terriblement de l’absence du public. Nous devons faire attention à ne pas perdre le plaisir de jouer.

Qu’est-ce que cette pandémie a changé dans le football?

Les stades sont pleins en Angleterre, mais pratiquement vides en Allemagne. Des clubs perdent des millions lors de chaque rencontre. On joue seulement pour respecter les contrats de télévision. Les effets de cette pandémie auront été néfastes pour tout le monde, quel que soit votre travail, que vous ayez été infectés ou pas.

Vous vous êtes accordé une longue pause depuis décembre 2020. Etait-elle nécessaire après vos deux ans et demi à Dortmund?

Je me suis souvent accordé un break après mes expériences en Allemagne. Ce fut le cas après la première au Hertha Berlin et également après mes cinq ans à Mönchengladbach. Avant Dortmund, il y a eu les deux ans à Nice. Il fallait vraiment que je me régénère. Mais cela ne veut pas dire que je suis resté inactif. J’ai voyagé. J’ai découvert d’autres cultures dans le foot. J’ai rassemblé des idées nouvelles. C’est une sorte de formation continue.

Et vous avez pu aussi retrouver votre tissu social…

Bien sûr. J’ai pleinement retrouvé ma famille. Mes amis aussi. J’en avais vraiment besoin. Lorsque vous dirigez une équipe qui joue pratiquement tous les trois jours, il n’est pas évident de soigner vos relations familiales et sociales.

Parfois le football vous pousse encore à partir. N’étiez-vous pas dernièrement à Bilbao?

Oui. Je suis resté une semaine à Bilbao pour regarder l’Athletic. J’ai eu des échanges fructueux avec l’entraîneur Marcelino. J’ai pu m’imprégner de l’atmosphère de ce club. Comprendre son modèle. L’évolution du football m’intéresse toujours autant.

Avez-vous mis du temps pour digérer la fin de votre aventure à Dortmund?

On doit accepter les choix qui ont été arrêtés. A un moment donné, le sort est jeté. Tout à coup, il n’y a plus d’autre choix. La vie d’un entraîneur est faite de ces situations. Bien sûr, j’ai regretté cette décision. Je me sentais capable de permettre à l’équipe de surmonter cette mauvaise passe. Mais vous savez, rester deux ans et demi à Dortmund n’est pas donné à tous les entraîneurs. Je veux croire que mon bilan à Dortmund a été bon.

N’avez-vous pas le sentiment que le respect envers l’entraîneur se perd de plus en plus?

Les temps ont changé. Tout est exagéré dans notre métier. Il convient en tant qu’entraîneur de mieux se protéger. Il faut pouvoir s’appuyer sur un staff dans lequel on nourrit une confiance pleine et entière. Si je dois retravailler, je m’attacherai particulièrement à cet aspect. Beaucoup plus que par le passé.

Vaut-il mieux être un entraîneur grand communicateur plutôt que grand tacticien?

Seules les victoires comptent. Celui qui gagne a toujours raison. Mais il est évident que la communication, à tous les étages, doit toujours fonctionner. Mais cela vaut dans les deux sens.

Votre nom a circulé autour de plusieurs clubs. Ainsi, Crystal Palace ne vous avait-il pas proposé l’été dernier une très belle offre?

Oui, c’est vrai. Mais le timing n’était pas le bon.

Quand vous reverra-t-on sur un banc?

Je ne sais pas. Mais tout peut aller très vite. Je veux entraîner à nouveau. Je me sens encore très frais dans ma tête. Par ailleurs, je suis en bonne santé. J’ai rechargé mes batteries. Je veux encore travailler pendant quelques années.

Aviez-vous ce même état d’esprit au lendemain de votre départ de Dortmund?

Il est évident que l’on se pose des questions. Tout cela a-t-il encore un sens? A-t-on toujours l’énergie voulue? Mais très vite, j’ai compris que j’en voulais encore. J’ai besoin du terrain, de mordre dans le ballon, de respirer le foot, de ressentir l’adrénaline.

On dirait que vous êtes en manque?

Oui, en quelque sorte. Je suis prêt à revenir dans le jeu. Mais je ne le ferai que si je suis convaincu à 100% par le projet. Si je peux aussi avoir à mes côtés des personnes que j’aurai choisies. Pour une question de confiance.

Un retour en Suisse est-il envisageable?

Comme entraîneur en Super League? Non. ATS


Le besoin d’aller sur le terrain

Lucien Favre a affirmé que le poste de sélectionneur national ne l’intéressait pas lorsque la question de la succession de Vladimir Petkovic s’est posée.

«Murat Yakin a fait un travail remarquable», applaudit l’entraîneur vaudois. Et de rappeler: «Comme joueur, il sentait déjà admirablement les choses, il savait anticiper les situations. Avec Okafor, Vargas et Imeri, il a su insuffler un nouvel élan à l’équipe. La qualification directe pour le Qatar a validé les choix opérés. Mais n’oublions pas qu’elle s’est jouée sur un rien. Je pense aux deux penalties ratés par l’Italie.»

Lucien Favre dit n’avoir jamais regretté de n’avoir pas brigué ce poste de sélectionneur. «Pour une question de timing aussi. Et surtout parce que je suis un entraîneur qui éprouve le besoin d’aller chaque jour sur le terrain. Je ne pourrais pas faire un job qui veut que tu joues un match en novembre et le suivant en mars…»

La FIFA a émis l’idée d’organiser la Coupe du monde tous les deux ans. «Je ne suis pas un fan de cette idée», rétorque Lucien Favre. «Amener un tel sujet sur la table n’était pas nécessaire. En 2026, on va organiser une Coupe du monde aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique avec… 48 équipes. Pratiquement tout le monde y sera. On y perdra déjà une certaine magie.»

ATS

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