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L’union sacrée se fissure déjà un peu

Le premier ministre japonais Shinzo Abe a admis qu'un report "pourrait devenir inévitable" face à la pandémie de coronavirus. © Keystone
Le premier ministre japonais Shinzo Abe a admis qu'un report "pourrait devenir inévitable" face à la pandémie de coronavirus. © Keystone
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24.03.2020

Les fédérations internationales soutiennent de moins en moins le CIO. Le report des JO semble imminent

JO 2020 » L’union sacrée des fédérations internationales derrière le Comité international olympique en faveur du maintien des Jeux olympiques, jusque-là sans accroc, commence à se fissurer. La demande de report formulée officiellement par la fédération internationale d’athlétisme (World athletics, ex-IAAF) change la donne. Il y a moins d’une semaine, les fédérations internationales faisaient pourtant corps derrière le CIO. Mardi dernier, à l’issue d’une réunion avec les 28 fédérations présentes aux JO d’été, l’instance se disait «pleinement engagée» vis-à-vis des JO de Tokyo 2020 et à un peu plus de quatre mois de la cérémonie d’ouverture prévue le 24 juillet, «n’estimait pas nécessaire de prendre des décisions radicales».

L’instance martelait que sa position avait été «approuvée à l’unanimité et soutenue par l’ensemble des fédérations internationales» des sports d’été. Du reste, pas une question sur un éventuel report n’avait été posée par les fédérations, selon plusieurs sources. Dimanche, le CIO, même s’il a décidé de ne rien décider, s’est donné du temps – quatre semaines – et a évoqué pour la première fois un possible report, tout en écartant une annulation. Hier, le premier ministre japonais Shinzo Abe a admis qu’un report «pourrait devenir inévitable» face à la pandémie de coronavirus.

Sous couvert d’anonymat

Face aux appels de plus en plus nombreux et pressants de sportifs mais aussi de comités nationaux olympiques (CNO) à reporter les JO, le CIO ne pouvait rester muet. Mais surtout, «le soutien unanime des fédérations commence clairement à se fissurer», analyse un responsable de fédération sous couvert d’anonymat. Certes, World Athletics, présidée par le Britannique Sebastian Coe, est la seule à ce jour à avoir officiellement appelé à un report des JO, «mais d’autres ne vont pas tarder à suivre», estime ce cadre. Ouvrir les Jeux le 24 juillet comme prévu n’est «ni faisable ni souhaitable», a écrit Coe dans un courrier adressé à Thomas Bach et rédigé avant la réunion du CIO dimanche.

Si Coe, ancien président du Comité d’organisation des Jeux de Londres en 2012 et double champion olympique du 1500 m, a été le premier à parler, c’est «parce qu’il n’est pas membre du CIO et a donc toute liberté pour s’exprimer», juge un autre dirigeant d’une fédération olympique. «Le CIO est complètement à côté de la plaque», lance un responsable d’une autre fédération pour qui «les JO doivent être reportés car les sportifs ne peuvent pas s’entraîner et sont mis en danger».

Peur de Thomas Bach

Alors, pourquoi les fédérations internationales ne font-elles pas plus pression sur le CIO? «Les présidents de fédérations internationales ont peur de s’opposer à Thomas Bach, pour leur statut personnel, en tant que membres du CIO ou futurs membres», analyse ce responsable. Une autre source rappelle que «le poids des comités nationaux olympiques dans une telle décision du CIO sera plus déterminant que celui des fédérations».

Interrogées par l’AFP, beaucoup de fédérations internationales, comme la FIFA (football) ou la FINA (natation) renvoient vers la position du CIO et ne s’avancent pas sur le terrain d’un report de plus en plus probable. La Fédération internationale de surf (ISA), sport qui fera son entrée au programme olympique à Tokyo, n’a reçu «aucune demande» de report des JO de la part de ses fédérations nationales et ne fera «aucun commentaire» sur la question. La Fédération internationale de pentathlon moderne (UIPM) «prend note et soutient» l’annonce faite par le CIO dimanche concernant «la planification de scénarios alternatifs».

Tributaires du CIO

Quant à la puissante Fédération internationale de gymnastique (FIG), son président Morinari Watanabe «est japonais et a en plus été chargé de missions supplémentaires par Bach», fait remarquer un autre spécialiste du mouvement olympique. M. Watanabe préside ainsi un groupe de travail constitué par le CIO et chargé d’organiser les tournois qualificatifs de boxe à la suite de la suspension de la Fédération internationale de boxe (AIBA).

Par ailleurs, nombre de fédérations internationales, à l’exception des plus grosses (FIFA ou World athletics) sont également fortement tributaires du CIO qui leur reverse une grande partie de ses revenus issus des droits TV. Pour les JO de Rio 2016, les 28 fédérations étaient réparties en cinq groupes et leur classement, évolutif, détermine leurs revenus qui sont dégressifs. Les fédérations du groupe 1 (gym, athlétisme et natation) reçoivent environ 40 millions de dollars tous les 4 ans, les plus petites moins de 10 mio de dollars. Un report ou une annulation des JO aurait donc de lourdes conséquences pour les fédérations même si le CIO dispose de réserves supérieures à un milliard de dollars pour faire face à un tel scénario. ats


Dick Pound estime que le CIO n’a qu’un seul choix

Membre historique du Comité international olympique (CIO), Dick Pound a estimé hier auprès de l’AFP qu’un report à 2021 des Jeux olympiques de Tokyo prévus cet été était «inévitable». La pandémie de coronavirus rend impossible à ses yeux la tenue de ces Jeux aux dates prévues. «Mon interprétation de l’annonce du CIO est qu’ils ne veulent pas annuler les Jeux et qu’ils ne pensent pas pouvoir continuer de les maintenir à la date du 24 juillet» (jusqu’au 9 août), a expliqué le dirigeant canadien. Ils vont explorer des options avec les Japonais bien sûr, puis il y aura toutes sortes de parties prenantes - fédérations internationales, comités olympiques nationaux, athlètes. Et puis dans quatre semaines, ils vont essayer de présenter un plan B aussi précis que possible.» Le Canadien, ancien patron de l’Agence mondiale antidopage, a déclaré que la propagation «stupéfiante» du Covid-19 à travers le monde ne laisse au CIO aucun autre choix. «Ce n’est pas quelque chose qui va disparaître d’ici le 24 juillet. Beaucoup de pays du monde, dont les plus grands, sont quelque peu dépassés, et cela commence tout juste à prendre racine en Afrique», a-t-il développé. ATS

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