La Liberté

Elles aussi adorent leurs bagnoles

Le tuning n'est pas réservé aux mâles. © Charly Rappo
Le tuning n'est pas réservé aux mâles. © Charly Rappo
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©Charly Rappo © La
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24.12.2019

Le tuning, ou l’art de transformer sa voiture, n’est pas réservé aux mâles. Parole de trois Fribourgeoises

Mon souvenir de 2019
Chaque journaliste de «La Liberté» a sélectionné pour vous un article qui l’a touché(e) cette année.


Patrick Chuard
Rubrique Régions

«J’ai choisi ce reportage sur une expo de voitures transformées qui met en scène des jeunes femmes. Elles ont volontairement pris la pose devant leurs bolides. L’article évoque une activité qui passe souvent sous les radars des médias car elle va à contre-courant des tendances actuelles et du martelage sur le thème du climat. Les réactions après la parution du sujet ont été nombreuses, critiques et parfois enthousiastes . Pour Mégane, Alexandrina et Sarah, c’est une histoire de passion, et tant pis pour l’idéologie.»


» Cet article a été publié initialement le 3 septembre 2019

Carrosseries rutilantes, parfum de gomme, musique boum-boum. Les basses d’une voiture vibrent si fort qu’elles déclenchent les alarmes des autres véhicules garés, ce samedi matin, sur le parking d’Espace Gruyère à Bulle. Bienvenue au rassemblement Street Addict, pèlerinage local des fanas de tuning (transformation de voitures). Un univers réputé masculin où l’on s’attendrait à croiser surtout des sosies de Vin Diesel. Raté, c’est une jeune fille qui nous accueille. «Les voitures, ce n’est pas réservé aux mecs», lance Mégane Magnenat (24 ans). Casquette vissée sur la tête, elle fait partie du jury chargé d’évaluer les 270 véhicules de la manifestation.

Opticienne la semaine, établie à Vaulruz, Mégane Magnenat plonge dans la mécanique le samedi. «Eh non, le rose n’est pas ma couleur préférée et j’adore les films comme Fast & Furious», dit-elle en rigolant. Elle a commencé à bricoler sa voiture il y a trois ans, parce que son copain le faisait. Bientôt contaminée par le virus des belles mécaniques. «Je possède une Hyundai Veloster. J’ai changé les jantes, fait repeindre certains parties en bleu turquoise et poser des amortisseurs à tiges filetées pour la surbaisser.» Quelque 3800 francs d’investissement sur une automobile qui en valait 60 000 à l’achat. «Je la trouve belle, mais je ne vais pas faire trop de transformations car cela coûte cher», explique Mégane.

La douce musique du V8

Un peu plus loin, Alexandrina Arantes (33 ans) présente deux voitures. Avec fierté: elle a effectué tout le travail elle-même. Des centaines d’heures et plus de 30 000 francs de matériel ont été nécessaires pour transformer de fond en comble une vieille Mitsubishi Eclipse. Celle d’à côté est une Porsche Panamera, bête de course qui vaut plus de 250 000 francs au catalogue. Après un bachelor en architecture à l’EPFL, Alexandrina a tout plaqué pour se lancer dans un apprentissage de carrossière-peintre. «C’est ce que je voulais depuis toujours, raconte-t-elle. Gamine, je détestais les Barbie et je jouais aux petites voitures. Je séchais tous les cours pour aller au garage, c’est mon univers.» Aujourd’hui responsable de l’atelier de peinture des TL (Transports Lausanne), cette habitante de Saint-Aubin transforme des voitures pendant son temps libre.

Alexandrina Arantes possède, avec son conjoint, pas moins de sept voitures. «J’investis tout ce que je gagne dans les voitures... Je dors voiture, je mange voiture, je vis voiture.» Quand elle se lève le matin, il n’est pas rare qu’elle aille admirer son parc automobile, devant la maison, pour bien commencer la journée. Elle devient lyrique quant elle décrit le parfum d’une bagnole, la perfection d’une peinture ou le son d’un moteur: «J’aime entendre ronronner un V8 (moteur huit cyclindres, ndlr), je le reconnais tout de suite. C’est comme une musique, cela me donne des frissons.»

«Certains cherchent l’extrême»

Sarah Progins (22 ans) pose volontiers pour la photo devant sa Toyota GT 86. Cette boulangère établie à Noréaz adore l’univers du tuning, mais n’en fait pas trop elle-même: «J’ai juste changé les jantes et modifié quelques trucs techniques.» Elle comprend que «des gens s’extériorisent dans leur bagnole». A l’entendre, les filles «peuvent entrer dans le même délire, mais en plus calme. Certains mecs cherchent l’extrême et dépensent des fortunes dans leur voiture, quitte à s’endetter. Nous, beaucoup moins. En tout cas, moi je ne suis pas dépensière.»

Décrite par Roland Barthes comme un «objet magique», donc digne de culte, en 1957, l’automobile n’est-elle pas devenue ringarde dans une époque où la protection de l’environnement est une priorité? Alexandrina Arantes fait la grimace «Je suis tiraillée car je suis écolo, assure-t-elle. A la maison je fais gaffe à tout. Mais la voiture, c’est une telle passion que je ne pourrai jamais m’en passer.» Se rendre au travail en transports publics? «Pourquoi pas, s’il y avait une bonne liaison près de chez moi. Mas ce n’est pas le cas. En campagne, la voiture reste incontournable.»

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