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Du psychédélisme décolonial et pacifiste : survivre dans un monde en crise

L’article en ligne – Critique série » Voyage aux confins de l’esprit nous invite à repenser notre rapport avec les psychotropes.

Michael Pollan lors d’une prise cérémoniale de LSD, accompagné d’une guide spritituelle.” © Netflix
Michael Pollan lors d’une prise cérémoniale de LSD, accompagné d’une guide spritituelle.” © Netflix

Louis Birbaum

Publié le 31.07.2022

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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La mini-série Voyage aux confins de l’esprit sortie sur Netflix donne le constat qu’une personne sur quatre souffre de problèmes psychiques, aujourd’hui, dans le monde et pose la question suivante : “Peut-on résoudre ces problèmes, provoqués par les rouages de notre société, grâce aux drogues psychédéliques ?” On suit alors Michael Pollan, journaliste ayant écrit le livre qui a inspiré la série, dans ses recherches sur quatre drogues : le LSD, la psilocybine, l’ecstasy et la mescaline. Il va raconter ainsi l’histoire de ces substances, tout en essayant de percevoir ce qu’elles pourraient devenir. Pour cela, une majorité de scientifique en tous genres, mais aussi des guides spirituels, sont interrogés.

 

Drogues et (dé)colonialisme
Lorsque l’histoire nous est contée, on apprend que de nombreuses plantes, considérées comme sacrées par les peuples autochtones, ont été interdites par les colons au moment de l’arrivée des Européens sur le sol américain. On parle ici notamment des champignons contenant de la psilocybine, ou des cactus contenant de la mescaline. Il est expliqué que c’est en grande partie parce que les colons voulaient imposer leur religion. Ces événements ont eu des conséquences jugées dramatiques, détruisant l’un des piliers de la spiritualité des peuples autochtones, vieux de plusieurs milliers d’années. Malheureusement, ce phénomène a continué jusqu’à aujourd’hui. Maintenant, ce sont les Américains blancs qui veulent goûter le Peyotl, un cactus aux effets psychotropes. Les Native Americans s’y opposent, connaissant les événements terribles arrivés à leurs ancêtres. Cette plante en voie d’extinction, notamment à cause de l’installation de monocultures sur les rares sites où elle pousse, est l’une des seules choses qui reste aux autochtones. Elle est leur dernier “privilège”. Le Peyotl leur a permis de se réunir autour de cérémonies communes et de guérir leur trauma, en tant que communauté.

Traumas, dépression et peur de la mort
A l’avenir, le but serait, pour les gens intervenant dans la série, que les psychotropes puissent être utilisés pour traiter tous les traumas. Par exemple, les syndromes de stress post-traumatique, pour les anciens soldats ou les victimes d’agressions sexuelles. En effet, on nous dit que ces drogues permettent d’aller au cœur des problèmes des patients, en leur faisant revivre les moments difficiles de leur vie. Le but des médecins voulant utiliser ces substances étant de ne plus seulement soigner en surface les troubles des personnes qu’ils traitent, comme ils le faisaient jusqu’à maintenant. Pour donner quelques exemples d’utilisations concrètes, il nous est dit que l’ecstasy permet de faciliter la discussion lors des séances de psychiatrie, en faisant ressortir les sentiments des gens, ou que la psilocybine peut permettre aux personnes cancéreuses de craindre moins la mort, grâce à des expériences psychédéliques. Ce terme désigne ici un moment où notre cerveau s’aventure dans des chemins qu’il n’a encore jamais empruntés. Un autre concept développé par les défenseurs de ces drogues est le microdosage de LSD. L'idée est de prendre un dixième d’une dose récréative dans le but d’accentuer la productivité et la créativité, tout en réduisant l’anxiété. Un moyen de ne pas tomber en dépression à cause du monde du travail.


Pas assez d’auto-critique
L’une des critiques principales à faire à cette mini-série est le fait qu’elle ne remette pas ses propres idées en question. Très peu de gens venant en contradiction avec l’argumentaire développé ont été invités. Ainsi, ce que disent les intervenants est souvent perçu comme une vérité absolue. Un autre problème est le point de vue qui est exclusivement américain. Ce souci est plus de l’ordre du format, puisque la série ne prend que peu le temps de nous expliquer ce que les drogues psychédéliques ont eu comme impact dans l’Histoire du reste du monde. Malgré tout, la série pose des questions importantes sur notre monde actuel et vient titiller les idées reçues que l’on peut avoir sur les psychotropes.

 

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