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Le régime iranien fait un geste

L’abolition de la police des mœurs a laissé sceptiques les Iraniens sur les réseaux

Publié le 05.12.2022

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Contestation » L’Iran a annoncé l’abolition de la police des mœurs à l’origine de l’arrestation de la jeune Mahsa Amini, dont la mort en détention a provoqué une vague de contestation qui perdure depuis plus de deux mois et demi. Cette annonce, considérée comme un geste envers les manifestants, est intervenue après la décision samedi des autorités de réviser une loi de 1983 sur le port du voile obligatoire en Iran, imposé quatre ans après la Révolution islamique de 1979.

«La police des mœurs (…) a été abolie par ceux qui l’ont créée», a déclaré samedi soir le procureur général Mohammad Jafar Montazeri, cité hier par l’agence de presse Isnae. «La meilleure façon de faire face aux émeutes, c’est de prêter attention aux véritables revendications du peuple», la plupart liées «aux moyens de subsistance et aux questions économiques», a déclaré hier le porte-parole de la présidence du parlement, Seyyed Nezamoldin Moussavi, cité par Isna.

Cette annonce inédite a été accueillie avec scepticisme par des Iraniens sur les réseaux sociaux, un internaute craignant que son rôle ne soit repris par une autre structure, un autre rappelant la pression sociale s’exerçant au sein même des familles.

Elle sévissait depuis 2006

Après 1979, des «comités de la Révolution islamique» relevant des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, menaient des patrouilles pour faire respecter le code vestimentaire et les «mœurs» en Iran. Mais la police des mœurs a été créée sous le président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), pour «répandre la culture de la décence et du hijab».

Formée d’hommes en uniforme vert et de femmes portant le tchador noir qui couvre la tête et le haut du corps, cette unité avait commencé ses patrouilles en 2006 avec l’objectif de faire respecter le code vestimentaire strict qui interdit aussi aux femmes de porter des pantalons serrés ou des shorts. Les femmes enfreignant le code risquaient d’être arrêtées.

Des femmes la tête nue

La police des mœurs a été créée par le Conseil suprême de la Révolution culturelle, aujourd’hui dirigé par le président ultraconservateur Ebrahim Raïssi, élu en 2021. En juillet dernier, il a même appelé à la mobilisation de «toutes les institutions pour renforcer la loi sur le voile», déclarant que «les ennemis de l’Iran et de l’islam voulaient saper les valeurs culturelles et religieuses de la société». Néanmoins, sous le mandat de son prédécesseur modéré Hassan Rohani, on pouvait croiser des femmes en jeans serrés portant des voiles colorés.

Samedi, le même procureur, Mohammad Jafar Montazeri, a annoncé que «le parlement et le pouvoir judiciaire travaillaient» sur la question du port du voile obligatoire, sans préciser ce qui pourrait être modifié dans la loi. Il s’agit d’une question ultrasensible en Iran, sur laquelle s’affrontent deux camps: celui des conservateurs qui s’arc-boutent sur la loi de 1983 et celui des progressistes, qui veulent laisser aux femmes le droit de choisir de le porter ou non. Selon la loi en vigueur depuis 1983, les femmes iraniennes et étrangères, quelle que soit leur religion, doivent porter un voile et un vêtement ample en public.

Depuis la mort de Mahsa Amini et les manifestations qui ont suivi, un nombre grandissant de femmes se découvrent la tête, notamment dans le nord huppé de Téhéran. Le 24 septembre, une semaine après le début des manifestations, le principal parti réformateur d’Iran a exhorté l’Etat à annuler l’obligation du port du voile. Malgré la répression qui a fait des centaines de morts, le mouvement de contestation se poursuit.

ATS/AFP

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