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Osez dépasser vos limites

La vie n’a pas de prix de Rodica Costianu, visible derrière une lorgnette en forme  de lunettes. © Alain Wicht
La vie n’a pas de prix de Rodica Costianu, visible derrière une lorgnette en forme  de lunettes. © Alain Wicht
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18.02.2021

A l’occasion des 50 ans du suffrage féminin, l’Atelier à la X expose en vitrine

Maxime Papaux

Fribourg » Investissant l’ancien café de la Croix-Fédérale à Fribourg, l’Atelier à la X est un lieu de travail, d’échange et d’émulation artistique. Initialement occupé par Isabelle Pilloud, l’espace de création est partagé depuis trois ans avec les artistes Valeria Caflish et Klakla Wojtek. Dans sa volonté de stimuler les discussions d’atelier, notamment sur le work in progress, le collectif a lancé le concept de Flash-Expo: «L’idée c’est d’avoir un artiste invité qui présente une œuvre sur une surface de 4 m2, le temps d’une soirée, de 18 h à 21 h. On commence par un apéro puis, à 19 h, a lieu une discussion de 45 minutes entre artiste et public. C’est une manière de découvrir le travail de façon très vivante, simple et spontanée tout en se focalisant sur un seul tableau ou 3-4 œuvres», explique Isabelle Pilloud.
Cet esprit de collaboration, nous le retrouvons aujourd’hui sous une autre forme (Covid- compatible), en vitrine, avec Osez dépasser vos limites. L’idée d’une exposition commémorant les cinquante ans du suffrage féminin en Suisse est venue de la peintre de l’association Trait Noir, Rodica Costianu, puis a été collectivement thématisée avec les résidentes de l’atelier, Valeria Caflish et Isabelle Pilloud. S’organisant en trois volets, l’exposition a pour œuvre centrale le triptyque de Rodica Costianu La vie n’a pas de prix: cachée derrière une lorgnette en forme de lunettes, les toiles ont pour sujet central un arbre de vie aux airs de chimère féminine enfantant tout en agrippant de ses mains le corps nu d’une femme et d’un homme.
Dans la vitrine de gauche se trouvent les travaux à la symbolique forte de Valeria Caflish: le moule d’un sein sur une ancienne planche à laver y côtoie un dessin intitulé Vo-shing (contraction de «vote» et «washing») figurant une femme au lavoir dont l’étoffe a été remplacée par un dépliant aux allures de bulletin de vote. Enfin, Isabelle Pilloud offre une mise en perspective historique comparant la représentation féminine en politique et dans l’art, entre les années 1970 et aujourd’hui: l’occasion de célébrer les pionnières Iseut Bersier (première femme à entrer dans la Société des peintres, sculpteurs et architectes suisses, 1972) et Gabrielle Nanchen (première femme à siéger au parlement, 1971). Ce comparatif illustre également la frilosité du milieu artistique de l’époque à reconnaître les femmes artistes comme pairs: «Ce n’est qu’une année après leur accès au droit de vote que les femmes ont été acceptées dans la SPSAS. Ils ont suivi le peuple alors qu’on attendrait d’un groupe d’artistes qu’ils soient avant-gardistes», souligne celle qui poursuit en disant: «Nous sommes toutes les filles d’Iseut Bersier.»

Et après, c’est l’âge…


Valeria Caflish insiste toutefois sur la nécessité de ne pas effacer la création derrière les étiquettes politiques ou de genre. Elle se réfère à Polly Apfelbaum, pour laquelle le féminisme n’est qu’une des couleurs de sa palette, une expression parfois inconsciente de son être comme lieu d’où part l’art. Quant à la question de l’expérience de femme artiste, la discussion s’oriente rapidement vers les difficultés liées à la maternité et à l’âge: selon les observations et expériences des exposantes, rares sont encore les ateliers de résidences proposant un service de crèche aux artistes en mobilité et beaucoup de femmes mettent leur carrière d’artiste entre parenthèses à la trentaine pour éduquer leurs enfants. «Et après 15 ans, on retourne à l’art et là le problème ce n’est plus d’être femme, c’est l’âge. On n’a plus l’âge pour les bourses, pour certains médias, certaines galeries, certains historiens de l’art, etc.», ajoute Valeria Caflish.
L’exposition Osez dépasser vos limites illustre ainsi à plus d’un égard le miroir social et le moyen de réflexion que représente l’art.

> Atelier à la X, rue Pierre-Aeby 43, Fribourg. Jusqu’au 8 mars (Journée internationale des droits des femmes).

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